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Affichage des articles du février, 2026

7

  Il y avait une épaisse couche de poussière tout autour du cratère, si épaisse qu’on s’enfonçait jusqu’à mi-mollet lorsqu’on tentait de gravir la pente. La lumière franche du soleil créait des ombres gigantesques au milieu de ce crépuscule perpétuel dans lequel Léa était plongée depuis quelques semaines. D’un bond, elle se retrouva près du petit bâtiment qui leur servait de refuge. Dans le sas, elle se déshabilla en partie, puis pénétra dans la pièce de vie où Igor et Jack jouaient aux échecs. Igor avait la concentration hargneuse des joueurs d’échec de l’est, Jack avait le sourire forcé et l’assurance affichée des Américains, mais la partie était serrée et ils ne lui jetèrent pas même un regard. Léa alla se nettoyer dans la cabine d’hygiène, puis regagna les quartiers de repos pour récupérer après ces quelques heures de travail à l’extérieur. Malgré la clarté extérieure qui lui parvenait par le petit hublot au-dessus de sa couchette, une clarté immobile et froide, elle ne tarda ...

6

  Au commencement, il n’y avait rien, rien d’autre qu’une jatte de terre cuite vernissée sur laquelle passait et repassait le regard d’Emmanuel. Comme un souffle, un nuage blanc de farine s’éleva lorsqu’il versa la précieuse poudre dans le récipient. Ayant pris des œufs, il en sépara le blanc du jaune, et vit qu’il avait bien fait cela. Alors il prit du sucre qu’il incorpora aux jaunes pour en faire une mousse aérienne. Les blancs devinrent de la neige. Il manquait l’élément liquide à cet ensemble. Il fit tiédir du lait qu’il mélangea peu à peu à la mousse jaune. Ce fut au tour de la poussière blanche d’être mêlée à l’épaisse bouillie solaire qui venait d’être créée. Il y eut le moment de malaxer, il y en eut un autre, Emmanuel constata que c’était bien. Il était temps de faire évoluer l’ensemble en le mettant dans la chaleur stellaire du four. Pendant que la préparation en arrivait à la fin de sa destinée, Emmanuel passa à la sixième étape. Il prit de la pâte d’amande et la model...

5

  Il plissa les yeux, la houle avait forci, un grain se préparait peut-être, il fallait affaler au milieu de cette obscurité de pleine journée. François se demandait ce qu’il était venu faire sur ce rafiot craquant. Il se rappelait sa Saintonge natale, son village dans les terres mais où les parfums de marée venaient se mêlaient aux remugles de marais. Il se rappelait combien il était agréable de marcher dans les rues du village, sur un sol dur et stable, de saluer les uns et les autres, de rire, de flâner, sans avoir sans cesse à se demander si on serait encore vivant l’heure d’après. Le navire commençait à prendre de la gîte, quelques vagues l’éclaboussaient déjà, mais encore espacées. On n’allait pas vers l’accalmie, l’orage se levait qui devait l’emmener dans les espaces d’une autre vie. Mais pour l’heure, il songeait surtout à sauver sa peau. La mer était de plus en plus grosse, les vagues passaient maintenant allègrement par-dessus bord. Vers quel enfer se dirigeait-...