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« Le Vieux a besoin de moi, Kiya Buzurg aussi, je le sais, Le Vieux a besoin de moi, Kiya Buzurg aussi », le mantra tournait en boucle dans l’esprit d’Abdul, tout ce qu’il voyait était entouré d’un nimbe merveilleux, le temps semblait s’écouler de manière hachée, tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et alors tout le monde paraissait se mouvoir de manière douce et lente. C’était agréable, il n’était plus lui-même, il savait ce qu’il avait à faire. Mais la distance était encore conséquente jusqu’à Tarablous, le but de son long voyage depuis la Montagne. Il ne connaissait personne à Tarablous, d’ailleurs il ne connaissait pas grand monde en général. Sa vie s’était déroulée dès ses premiers mois dans l’enceinte sacrée dirigée par le Vieux. Il y avait tout appris, tout, la poésie et la musique, la littérature, la religion, et surtout l’art de se fondre dans la masse, de passer inaperçu, de disparaître, pour tuer, seul, sans laisser de trace. Il était un élu, un être d’excepti...