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Affichage des articles du novembre, 2025

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  « Le Vieux a besoin de moi, Kiya Buzurg aussi, je le sais, Le Vieux a besoin de moi, Kiya Buzurg aussi », le mantra tournait en boucle dans l’esprit d’Abdul, tout ce qu’il voyait était entouré d’un nimbe merveilleux, le temps semblait s’écouler de manière hachée, tantôt accélérant, tantôt ralentissant, et alors tout le monde paraissait se mouvoir de manière douce et lente. C’était agréable, il n’était plus lui-même, il savait ce qu’il avait à faire. Mais la distance était encore conséquente jusqu’à Tarablous, le but de son long voyage depuis la Montagne. Il ne connaissait personne à Tarablous, d’ailleurs il ne connaissait pas grand monde en général. Sa vie s’était déroulée dès ses premiers mois dans l’enceinte sacrée dirigée par le Vieux. Il y avait tout appris, tout, la poésie et la musique, la littérature, la religion, et surtout l’art de se fondre dans la masse, de passer inaperçu, de disparaître, pour tuer, seul, sans laisser de trace. Il était un élu, un être d’excepti...

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  Yousra sortit de la barre K de l’immense cité qu’elle avait toujours connue. Elle avait douze ans et n’était jamais vraiment sortie de son « quartier ». Elle était bien partie à la mer, une journée, avec sa mère et ses petits frères, grâce au Secours Pop’, et puis elle avait pris le RER deux ou trois fois pour aller dans Paris ou dans une grande forêt dont elle ne se souvenait plus du nom. A Paris, cela avait été comme dans un rêve : les Champs Élysées, le Musée d’Orsay et des tableaux qui faisaient rêver et vous emportaient dans les espaces d’autres vies. Sa mère avait aussi emmené toute la famille, en train, jusqu’à Blois. Elle avait regardé un court reportage sur le château et s’était juré d’y aller au moins une fois dans sa vie. Là-bas, on avait vu un spectacle de magie, en face du château, et puis on avait visité le bâtiment séculaire, impressionné, ravi, enthousiasmé par les décors, l’architecture, le mobilier ou les œuvres d’art. Au collège, tout allait plu...

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       Il y avait ce miroir, chaque matin, cette image de lui qui n'était plus celle de naguère mais qu'il ne voyait pas changer. Il y avait cette accumulation de jours, de mois, d'années qu'il ne voyait pas passer mais qui disparaissaient aussi vite que les arbres du paysage à travers les vitres d'un train. Il y avait tous ces petits signes qu'il n'avait pas vus venir et qui étaient bien là. Il y avait le temps qui passe. Comme chaque jour Théo prit sa douche, comme chaque jour il prit un rapide petit déjeuner, comme chaque jour il se prépara à partir au travail, comme chaque jour tout était semblable, rien ne changeait, tout perdurait. Que ressentait-il dans cette fuite immobile du temps ? Il était bien en peine de le dire... une furieuse envie de rire, d'un de ces grands éclats qui vient du ventre, irrépressible. Puisque rien ne se fixait, que tout fuyait, que tout courait à la fin, alors il valait mieux invectiver l'univers de la manière la plus...

Gare !

  Gare ! Parce que ces doux trajets ferroviaires sont toujours propices au vagabondage de l’esprit, mais qu’il faut bien de la variété dans une activité, il m’est venu à l’esprit de poursuivre ce que j’avais engagé avec Train-train, mais cette fois en rédigeant de courtes fictions, et seulement cela, lors de mes déplacements en train de cette année scolaire. Plus question d’employer cinq minutes à écrire, je prends un peu plus de temps, mais à peine, pour donner corps à ces récits. Merci d’avance à ceux qui me liront avec, je l’espère, indulgence et bienveillance.